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Marie-Claude Saliceti
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Greenly Earth
Qu’est-ce que le biochar, dit “charbon vert” ?
#charbonVert #biochar
Article mis en ligne le 20 avril 2026
dernière modification le 17 avril 2026

Et si le charbon pouvait finalement être sans impact sur l’environnement ? C’est tout le principe du biochar, également surnommé « charbon vert ».

Chaque année, l’humanité émet 60 milliards de tonnes de CO2 dans l’atmosphère. Principal contributeur au changement climatique, il devient impératif de réduire nos émissions pour limiter le réchauffement à + 1,5 °C comme indiqué dans l’Accord de Paris.

Or, cette seule solution ne s’avère pas suffisante pour respecter cet objectif.

Il convient alors de développer de nouvelles techniques, qu’elles soient naturelles ou technologiques. Le biochar est l’une d’entre elles. De quoi s’agit-il ? Comment fabrique-t-on cette matière ? Constitue-t-elle véritablement une solution face à l’accélération du réchauffement climatique ?

Le biochar, une alternative verte du charbon

Le biochar est un terme issu de la contraction des mots « bio » pour « biologique » et « char » pour « charbon ». Autrement dit, il s’agit d’un charbon d’origine végétale, la matière étant produite à partir de résidus végétaux. (...)

Méconnue du grand public, cette matière végétale existe en réalité depuis des milliers d’années. Les entreprises actuelles tentent de reproduire le phénomène des terres noires d’Amazonie (Terra Preta), des sols pauvres (oxisols) devenus fertiles grâce à la présence de charbon dans le sol enfoui par les civilisations précolombiennes.

Pour obtenir un tel résultat, les Amérindiens coupaient les arbres et les carbonisaient avant d’incorporer les résidus dans le sol. Ils ajoutaient également des fertilisants naturels tels que les fumiers et les déchets de cuisine.

Une matière plébiscitée par le GIEC (...)

il faut cependant prêter attention à ce que les résidus :

  • ne soient pas destinés à une autre utilisation ;
  • ne proviennent pas d’endroits éloignés à des trentaines, voire des centaines de kilomètres ;
  • ne soient pas utilisés sur tous les sols - les sols tropicaux doivent être privilégiés.

Dans Le Monde, Philippe Ciais, climatologue au Laboratoire des sciences du climat et l’environnement est du même avis :
“Le biochar est simple, efficace, ne consomme pas de terre, d’eau, de métaux et peu d’énergie. C’est l’une des rares solutions pour retirer du CO2 de l’atmosphère sans conséquences négatives.” (...)

"le biochar peut être issu de différentes sources de biomasse, à l’image des résidus de récolte, des déchets verts, des sous-produits de la filière bois (feuilles de maïs, troncs d’arbres, etc.) ou des déjections solides.” (...)

Exploiter le carbone de la biomasse

La biomasse est stockée dans des silos, avant de passer dans un séchoir afin de réduire au minimum son humidité. Enfin, les résidus sont chauffés à très haute température (entre 350 et 650 degrés environ) et sans oxygène dans le réacteur de pyrolyse.

L’intérêt de ce processus ? Obtenir un composant solide et stable (le biochar), notamment composé des minéraux et du carbone tous deux issus de la biomasse.

Si besoin, le processus peut se poursuivre avec la gazéification, permettant de transformer les phases non gazeuses en gaz de synthèse. Il suffit simplement d’ajouter de petites quantités d’air, de CO2 (ou de vapeur d’eau) et d’oxygène. (...)

Le biochar réduit les émissions de CO2

« Sur les 60 milliards de tonnes de CO2 émises chaque année dans l’atmosphère, les mers et les océans ne stockent que 20 à 25 milliards de tonnes. À l’échelle planétaire, le biochar permettrait de retirer annuellement un à deux milliards de tonnes de CO2 de l’atmosphère et de limiter les émissions engendrées par l’utilisation d’engrais. » [Jean Jouzel, Brut] (...)

Stockée dans les sols, la matière constitue un stockage à très long terme, puisque ses caractéristiques et sa stabilité permettent au biochar de ne pas se décomposer pendant quelques siècles.
Il rend l’agriculture plus durable

Prenant la forme de granulés ou d’une poudre de couleur noire à disposer dans les cultures, les vignes ou les forêts victimes de déforestation, le biochar améliore la fertilité des sols. En cause : sa porosité et ses micro-cavités absorbent l’eau et les nutriments afin de nourrir la terre. Son pH basique situé entre 7 à 10 permet :

  • de rééquilibrer les sols acides ;
  • de développer la vie microbienne ;
  • d’épurer le sol ;
  • d’améliorer la croissance des végétaux ;
  • de mieux résister aux agressions extérieures - à l’image de l’esca, un champignon étant à l’origine d’une maladie du bois.

👉 Il s’agit donc d’un élément indispensable pour rendre l’agriculture plus durable et lutter contre l’érosion, voire la compaction des sols par les fortes pluies. (...)

Il contribue au développement des énergies renouvelables (...)

Il bénéficie d’autres applications

Le biochar permet d’assimiler les éléments indésirables présents dans l’eau, l’air et le sol. Il peut ainsi être utilisé dans le traitement :

  • de l’eau (potabilisation, filtration ou assainissement) ;
  • de l’air - à l’image de l’épuration.

En outre, le biocharbon peut être incorporé à certains matériaux de construction (le béton notamment) ou soutenir la fabrication de carburants synthétiques.
Pourquoi l’utilisation du biochar est-elle encore confidentielle ?

De nombreuses entreprises productrices de biochar fleurissent dans l’Hexagone et dans le monde. Selon le groupement des producteurs et industriels européens (European Biochar Industry), 130 projets (d’une capacité de 53 000 tonnes) étaient liés au biocharbon à la fin de l’année 2022. (...)

Cependant, en France, la production et l’utilisation de cette matière restent encore très confidentielles, contrairement à l’Allemagne, la Suisse, les États-Unis et le Canada où le biochar est produit en grande quantité depuis une dizaine d’années.

Ce retard est justifié par le coût de production du charbon vert (...)

Désormais autorisée, la vente de crédits carbone à des entreprises souhaitant compenser leurs émissions en achetant du biochar, permet de vendre la matière à des coûts réduits. (...)