Dans plusieurs établissements du second degré, les références issues de la fachosphère et les actes à caractère raciste se multiplient. Circulation d’exemplaires de « Mein Kampf », croix celtiques, insultes haineuses, islamophobie… Les syndicats donnent l’alerte.
Quand il a aperçu la couverture orange et les lettres gothiques dépasser du sac à dos d’un élève, Antoine Bedin a pris peur. À la place du livre Matin brun de Franck Pavloff, étudié ce jour-là, un vieil exemplaire de Mein Kampf… « Ça m’a estomaqué », se souvient le professeur d’histoire, qui enseignait dans un lycée d’Ambérieu-en-Bugey (Ain), cette année de 2025.
« J’ai immédiatement pris rendez-vous avec le chef d’établissement. L’élève a dit que c’était pour se cultiver, qu’il fallait connaître son adversaire… J’ai compris après coup que des lycéens faisaient tourner cet exemplaire entre eux, et le partageaient avec un groupe d’élèves du lycée voisin, dont le gymnase a aussi été tagué de croix celtiques et de croix gammées. Pour eux, ce livre était une sorte de totem », résume l’enseignant, également à la CGT Éduc’action du département. (...)
Après que des exemplaires de Mein Kampf ont circulé dans trois établissements distincts, le syndicat enseignant de l’Ain a lancé son propre protocole. « Aujourd’hui, nous recommandons aux collègues de prévenir la direction, mais aussi l’assistante sociale de l’établissement, parce que c’est elle qui a la main sur la protection de l’enfance. Que des mineurs soient exposés à ce type de propagande politique, c’est inquiétant », ajoute Marie-Alix de Richemont.
Au-delà des frontières de ce département, plusieurs établissements du sud de la France ont vu des tags fascistes tracés sur leurs murs. (...)
À Auch (Gers), des élèves du lycée Le Garros ont signalé des tags similaires, mais aussi les nombres « 83 » (en référence aux initiales du sigle de l’expression néonazie « Heil Christ ») et « 14 » (en référence aux quatorze mots d’une phrase du néonazi David Lane sur l’avenir des enfants blancs), des codes suprémacistes venus d’outre-Atlantique. (...)
Du côté des personnels, la banalisation des discours d’extrême droite fait aussi d’importants dégâts. (...)
Pendant ce temps, dans les couloirs des établissements, les tracts antifascistes des syndicats sont régulièrement enlevés, sous couvert de « neutralité politique », voire arrachés. (...)
« Dans les lycées, les organisations syndicales sont le dernier bastion en lutte. Ne rien faire, c’est collaborer. »