Jeudi 2 avril 2026, trop pressées de taper sur l’une de leurs cibles favorites, de nombreuses rédactions ont propagé des fausses informations à propos de la garde à vue de la députée européenne LFI Rima Hassan, distillées au goutte-à-goutte et en direct par leurs sources policières. Ce naufrage médiatique illustre à merveille la dynamique du journalisme de préfecture, enclenchée par des services « police-justice » n’ayant aucun mal à fouler au pied les principes élémentaires du journalisme, pour peu que leur source fût la police.
Le 2 avril, Rima Hassan est une nouvelle fois entendue dans le cadre d’une procédure pour « apologie du terrorisme » à la suite de plaintes et/ou de signalements déposés par un député d’extrême droite, des associations pro-israéliennes et le ministre de l’Intérieur. Auditionnée librement lors des convocations précédentes – treize procédures ont toutes abouti à un classement sans suite [1] –, la députée européenne est cette fois-ci placée en garde à vue pour un tweet effacé. L’affaire est instantanément (et massivement) médiatisée.
Donne-t-elle lieu à une présentation des faits équitable et pluraliste ? À des interrogations quant au recul des libertés publiques et au caractère coercitif de cette garde à vue ? À un débat sur la judiciarisation à géométrie variable des expressions publiques relatives à la question « Israël-Palestine » ? À des mises en perspective sur la criminalisation de la solidarité avec la Palestine en général, et, en particulier, des activités politiques de la juriste franco-palestinienne ? La plupart du temps, non : le journalisme dominant ne se pose pas ces questions – ou alors dans ses marges [2]. Comme au printemps 2024, les grands médias légitiment au contraire la (ré)pression et, dans la droite ligne du traitement stigmatisant qu’ils réservent à Rima Hassan, participent pleinement à la co-construction d’une séquence à charge. Et tous les coups sont (de nouveau) permis.
De France Culture à CNews : l’emballement médiatique sur « la drogue » (...)
c’est en relayant sans distance un bruit de commissariat que les grands médias vont céder aux sirènes du sensationnalisme. (...)
Si le vaisseau amiral du groupe Bolloré agite à l’extrême le cocktail racisme/misogynie, la quasi-totalité des médias audiovisuels sont impliqués dans l’emballement. (...)
Itinéraire d’une fake news, cas d’école de journalisme de préfecture
Si l’audiovisuel agit telle une caisse de résonance assourdissante, la fake news a surgi de la presse écrite, en l’occurrence d’un quotidien très en pointe dans le journalisme de préfecture [4](...)
Disons-le tout net : nous sommes ici devant un cas d’école de journalisme de préfecture. Et même devant un paroxysme du genre. Dépendance aux sources policières, croyance aveugle dans leurs « révélations », course à l’audience et au scoop, sensationnalisme, recoupement des sources inexistant, traitement dénigrant, instrumentalisations politiques : tous les ingrédients du fiasco sont réunis. (...)
Un rétropédalage à bas bruit (...)
Cette disproportion volontaire entre la médiatisation massive de la fake news et la mise en sourdine de son correctif s’illustre aussi dans la pratique du 20h de France 2. (...)
Dans Les médias contre la gauche, nous résumions en quelques mots le processus qui caractérise régulièrement les épisodes de journalisme de préfecture : « Phase 1 : désinformation massive. Phase 2 : rétropédalage et demi mea culpa. Phase 3 : maintien des informations bidonnées. » Dans le cas d’espèce, la deuxième phase fut généralement passée par pertes et profits. (...)
Lire aussi :
– (Contre Attaque)
Les médias dominants sont stupéfiants : la drogue de Rima Hassan était une hallucination
(...) Il est désormais avéré que le porte-parole du Ministère de la justice en personne a organisé les fuites vers la presse, quitte à inventer la présence de plus d’un gramme de drogue de synthèse dans les affaires de l’élue insoumise. Cet individu, Sacha Straub-Kahn, vient des cercles de Nicolas Sarkozy, l’ancien président mafieux multicondamné. Il a été propulsé au Ministère de la justice par Darmanin, lui aussi ancien Sarkozyste. Hier encore, sur LCI, la mythomane pro-Israël Caroline Fourest bénéficiait de 10 minutes d’antenne en prime time pour accuser Rima Hassan d’être une consommatrice de « drogues dures » en répétant à au moins 5 reprises que de la drogue avait bien été trouvée dans les affaires de l’élue, et qualifiant les Insoumis de menteurs. En d’autres termes, les plus grands menteurs et criminels en col blanc accusent des personnalités de l’opposition sur la base de faits inventés. C’est un scandale d’État.
Ce sont les mêmes services et les mêmes médias qui ont tenté de faire passer le néo-nazi violent Quentin Deranque pour un jeune « étudiant catholique lynché gratuitement par des antifascistes ». Une autre invention totale, diffusée en boucle pendant des semaines, dans le but de criminaliser l’antifascisme et de salir LFI. Et ce n’est qu’un aperçu de la campagne électorale qui s’annonce comme la plus sale et la plus violente de l’histoire, dans le but de mettre l’extrême droite au pouvoir. (...)