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Marie-Claude Saliceti
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Sénégal : après le naufrage de Mbour, "tout le monde a peur qu’un proche prenne la mer
#migrants #immigration #Senegal #naufrages
Article mis en ligne le 16 septembre 2024
dernière modification le 14 septembre 2024

Après le naufrage au large de Mbour, au sud de Dakar, qui a causé la mort de 39 personnes et la disparition de dizaines d’autres dimanche, la ville est sous le choc. Dans cette ville côtière, nombreuses sont les familles touchées par l’immigration irrégulière. Témoignage de l’un des habitants, Baba Diop, 68 ans, dont la nièce a perdu deux de ses fils.

(...) "Ici, la migration est partout"

À Mbour, de nombreuses familles sont touchées par l’immigration irrégulière. Dans certaines d’entre elles, trois ou quatre personnes du même foyer sont parties pour l’Europe.

Les habitants sont crispés ces derniers jours. Tout le monde a peur qu’un proche prenne la mer. (...)

Sur les plages, des personnes construisent en permanence des énormes pirogues, de 150 mètres de long. Ça ne s’arrête jamais. On sait très bien que ces bateaux ne sont pas destinés à la pêche. Les pirogues des pêcheurs sont beaucoup plus petites. (...)

Et tout cela est fait à la vue de tous, mais personne n’agit pour empêcher ce business.

Moi, j’ai cinq enfants âgés de 27 à 35 ans. Je les surveille. Je ne veux pas qu’ils prennent la mer. Je leur parle beaucoup, je leur explique les dangers d’un tel voyage, je les dissuade de tenter la traversée. On peut construire une vie au Sénégal. Il faut juste y croire.
"Ceux qui ont réussi encouragent les autres à partir"

Mais le problème vient aussi de ceux qui ont réussi à atteindre les Canaries. Car ils encouragent leurs amis restés au pays de partir. Ils leur disent que leur vie est mieux. Ils envoient des photos d’eux à la plage, au restaurant…

Alors qu’on sait très bien qu’ils vivent dans des conditions misérables aux Canaries. Ils sont entassés dans des camps. Ils galèrent (...)

Malgré tout, les jeunes de Mbour sont appâtés, et un jour, ils décident de rejoindre leurs amis en Europe. Et puis ils se disent aussi : il y a plus de personnes qui ont réussi à aller en Espagne que de gens qui sont morts, alors pourquoi pas moi ?

Il faut trouver des solutions pour mettre un terme à cet exode. J’exhorte les pays européens à délivrer des visas aux jeunes Africains. Il faut leur donner leur chance. Aujourd’hui, c’est très difficile, voire impossible, de migrer de manière régulière. Les jeunes n’obtiennent jamais de visas, alors ils prennent tous les risques dans l’Atlantique."