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Marie-Claude Saliceti
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Amnesty International
«  À chaque renouvellement il faut payer, payer, payer  !  »  : la vie en suspens de Célia, en France depuis 9 ans. Pétition
#migrants #immigration #travail
Article mis en ligne le 16 avril 2026
dernière modification le 13 avril 2026

Célia est originaire de Colombie. Elle est arrivée seule en France après avoir fui un réseau de traite. En s’échappant, elle pensait trouver ici un peu de répit et de la stabilité. Neuf ans plus tard, elle vit à Toulouse où elle élève ses deux enfants, dont l’un est autiste. Elle travaille comme auxiliaire de vie avec une carte de séjour précaire. Une vie qui ne lui laisse aucun répit. Chaque jour, elle puise sa force dans le sourire de ses enfants et dans l’espoir de leur offrir enfin une stabilité. Elle a accepté de nous ouvrir les portes de son quotidien pour raconter sa vie, à la merci d’un papier.

Avant la France, j’ai vécu au Portugal. J’y ai vécu l’enfer. J’ai quitté la Colombie car on m’avait promis du travail au Portugal comme infirmière. Mais c’était un piège. Je me suis retrouvé dans un trafic  : prostitution, trafic d’humain, trafic de drogue. On m’a contraint à tout faire. Dès que j’ai pu, j’ai fui. J’ai pris un bus pour Toulouse. Je n’avais rien, pas de papiers, juste une amie qui habitait ici. Je ne pouvais pas rentrer en Colombie car j’ai dénoncé les personnes qui m’avaient piégée. En représailles, ils ont assassiné mon petit frère. Il avait cinq ans. Depuis ce jour, je sais que je ne reverrai plus mon pays. Alors j’ai essayé de reconstruire ma vie ailleurs.

Je suis arrivée à Toulouse en 2016. J’ai fait tous les petits boulots possibles (...)

En 2017, j’ai demandé l’asile. La CNDA a refusé ma demande. J’étais seule, perdue, je voulais juste pouvoir travailler normalement. Mais sans titre, on ne peut rien construire. (...)

En 2022, j’ai trouvé un emploi dans une entreprise d’aide à domicile. C’est là que je travaille encore. Au début j’étais payée huit euros de l’heure au lieu de onze. On me disait : « Quand tu seras régularisée, on te paiera mieux. » C’est grâce à la CGT que j’ai pu enfin monter un dossier de régularisation. En juillet 2024, j’ai obtenu mon premier titre de séjour salarié, valable jusqu’en un an. J’aurais dû avoir un titre « vie privée et familiale », parce que mes enfants sont français, mais la préfecture a décidé autrement. Je n’ai pas compris pourquoi (...)

Je voudrais partir de mon travail mais j’ai peur de ne pas pouvoir renouveler ma carte. Je suis fatiguée. Au travail pendant plusieurs mois j’avais des taches d’aide-soignante, donner les médicaments, les douches, mais j’étais payée comme auxiliaire de vie. Je me suis épuisée. Je cherche autre chose mais avec cette carte d’un an, c’est difficile. Sans CDI, c’est toujours précaire. Et à chaque renouvellement, il faut payer, payer, payer… Les timbres, les papiers, les traductions. C’est cher, et ça recommence sans fin. (...)

Toutes mes collègues sont dans la même situation. Toutes étrangères, toutes avec des titres d’un ou deux ans. Personne n’a de carte de dix ans. Une de mes collègues sénégalaises a subi beaucoup de racisme. On se serre les coudes, c’est dur, mais je ne veux pas baisser les bras.

Mes parents sont toujours en Colombie. Ils m’aident un peu mais tout coûte cher, je compte chaque euro tout en essayant d’apporter une vie digne à mes enfants. (...)

Les Français ne veulent pas faire ce travail. Nous, les immigrées, on le fait avec amour, avec respect. J’aimerais juste un vrai travail, payé au juste salaire et un logement digne. (...)

Pétition : « Sans ce papier, je perds tout » : exigez des titres de séjour stables pour les travailleur·se·s étranger·e·s en France !

Ces personnes qui travaillent en France sont nos collègues, les commis du restaurant d’à côté, les aides à domicile des aînés, nos voisines de palier… mais du jour au lendemain, elles peuvent basculer dans l’irrégularité. En cause : le système des titres de séjours courts, défaillant et discriminant, qui les maintient dans la précarité et l’exploitation. Agissez pour les droits des travailleur·se·s étranger·e·s, signez notre pétition !