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Mediapart
Six mégabassines en Charente-Maritime : la crainte d’un gouffre écologique et économique
#megabassines #CharenteMaritime #eau #agroindustrie
Article mis en ligne le 4 janvier 2026
dernière modification le 3 janvier 2026

Le Syres 17, syndicat public de gestion de l’eau, prépare la construction d’une demi-douzaine de réserves de substitution. En plus de menacer l’écologie des cours d’eau, le projet repose sur un modèle économique risqué pour les agriculteurs et coûteux pour les finances publiques.

(...) Appelées mégabassines par leurs opposant·es, ces ouvrages controversés servent à stocker l’eau lorsqu’elle est abondante, en hiver, pour l’utiliser en été, sans être contraint par les restrictions liées à la sécheresse. « Mais avant de construire des réserves, il faut se poser les bonnes questions. Pourquoi le fait-on ? Pour qui ? Comment ? Chez nous, dans la Boutonne, on le ferait pour une trentaine d’agriculteurs, surtout pour continuer à faire pousser du maïs qui sera exporté, et en pompant l’eau dans des nappes phréatiques fragiles. Et là, je dis non. » (...)

Le Syndicat mixte des réserves de substitution de la Charente-Maritime (Syres 17), une émanation du département, a annoncé le 14 novembre la construction de six mégabassines, ainsi que la réhabilitation d’une autre, pour une capacité totale de 2 millions de mètres cubes.

En théorie, il ne s’agit là que d’une « première tranche » : le Syres 17 peut construire en toute légalité vingt et une mégabassines, en vertu de sa victoire au Conseil d’État face aux associations écologistes locales, acquise en avril. En pratique, le syndicat n’a plus les moyens de ses ambitions initiales, et même son plan revu à la baisse présente des risques importants pour les agriculteurs impliqués.
Changer de culture

Pendant ces dix années de conflit judiciaire, la donne a changé. Premièrement, l’inflation a fait bondir les prix de la construction ainsi que les tarifs de l’électricité, nécessaire au fonctionnement des pompes. Deuxièmement, les nombreux sabotages réalisés par des militant·es écologistes, qui découpent nuitamment les bâches des mégabassines au cutter, entraînent d’importantes dépenses de « sécurisation ».

Résultat, le budget a explosé (...)

Le Syres 17 a effectué des simulations. À la sortie de la première mégabassine, le mètre cube coûtera le tarif exorbitant de 47 centimes – l’irrigation par simple pompage coûte seulement quelques centimes. Une fois que six ouvrages auront été construits, le mètre cube descendra à 30 centimes, un prix toujours élevé. Pour amortir le choc, l’ASA Boutonne fera reposer une partie de ce coût (11 centimes) sur les irrigants qui n’utilisent pas les mégabassines.

De plus, « connectés » et « non-connectés » devront s’engager à payer un quota d’eau pendant une durée de trente ans, même si ce quota n’est pas totalement utilisé. (...)

Ces nouvelles conditions d’adhésion ont fait fuir de nombreux agriculteurs. Sur les 162 membres que comptait l’ASA Boutonne fin 2024, une trentaine ont décidé d’arrêter purement et simplement l’irrigation, ce qui contribue à fragiliser le modèle économique. Et parmi les 130 membres restants, seuls une trentaine seront « connectés » aux mégabassines. (...)

« Le risque financier est important, admet Julien Chenin, président de l’ASA Boutonne, mais il en va de la survie des exploitations. » Pour soutenir les agriculteurs concernés, il mise sur un fort revenu à l’hectare, grâce à des cultures céréalières « à forte valeur ajoutée », comme le maïs, le tournesol et le soja. « Mais pour avoir ce genre de contrat auprès des coopératives, il faut avoir la certitude d’amener sa culture au bout », avec de l’eau disponible même en temps de sécheresse, grâce aux mégabassines. Pour d’autres agriculteurs comme pour les associations écologistes, il existe une solution alternative : renoncer à ce modèle d’agriculture qui, en plus d’être fragile économiquement, est problématique pour l’environnement.

La question des assecs

Pomper en hiver, alors que les nappes phréatiques se rechargent, c’est le principe déjà controversé de toute mégabassine. Celles de la Boutonne se distinguent : sur les vingt et une envisagées, seize bénéficient d’une autorisation de remplissage par pompage dans la nappe phréatique jusqu’à « absence d’eau » ou « absence d’écoulement » dans le réseau d’eau en surface. (...)

« Assécher les milieux en hiver, c’est complètement hérétique. C’est une vraie rupture dans le grand cycle de l’eau », alerte le président de l’association SOS Rivières et environnement. Le collectif Bassines non merci 17 est au diapason, et promet de l’action. (...)

« Aucune bassine ne verra plus le jour sur notre territoire. »