Face à la crise, « l’environnement, ça commence à bien faire ». En écho à la célèbre formule de Nicolas Sarkozy en 2010, des lobbies industriels se démènent aujourd’hui pour faire reculer les normes environnementales. En plein confinement, ils susurrent à l’oreille du pouvoir que le monde d’après doit continuer à tourner comme avant. « Business as usual », sans contrainte.
Les constructeurs automobiles, le secteur aérien, la filière agroalimentaire, les industriels du plastique… Tous profitent de cette période pour avancer leurs revendications et obtenir l’attention des gouvernants et de la Commission européenne. Ils exigent des reports, des moratoires, des annulations de taxes ou de mesures jugées trop coercitives et hostiles à la relance économique. En ligne de mire ? Les objectifs de réduction des émissions carbone, le Pacte vert et la Politique agricole commune (PAC) de l’Union européenne, mais aussi en France la loi Mobilité, la loi Économie circulaire et la loi Climat.
« En ce moment, les lobbies mènent une bataille idéologique. Ils défendent leur terrain comme s’ils étaient dans des tranchées, dit, à Reporterre Maxime Combes, porte-parole d’Attac. Ils ne veulent pas reculer d’un iota et cherchent à maintenir leur pouvoir d’influence sur la fabrique de la loi. » (...)
Dès mi-mars, l’offensive était lancée. Reporterre revient sur cette séquence de lobbying intense, secteur par secteur, et les lettres écrites par les industriels pour influer les politiques environnementales européenne et française. (...)
« Ils ont clairement la volonté de tirer parti de la crise actuelle, commente Laura Chatel de l’association Zero Waste. Ils en profitent pour rejouer le match de la loi Économie circulaire et inverser la tendance. Le plastique est de plus en plus décrié, ils sont dans une stratégie de survie. Quitte à instrumentaliser la crise. » Selon la chargée de campagne, « la période est cruciale. De nombreux décrets sont en cours d’élaboration. Ils vont définir la politique à venir. Il faut rester très vigilants ».