
Les pays figurant sur la liste d’attente de l’UE, tels que l’Albanie, la Macédoine du Nord, le Monténégro et la Serbie, n’ont pas réussi à afficher de réels progrès en matière de réduction de la corruption et d’amélioration de la démocratie au cours des quatre dernières années, des conditions préalables fondamentales à l’adhésion à l’UE.
La situation critique des pays des Balkans occidentaux a été mise en lumière lors du récent sommet UE-Balkans occidentaux à Bruxelles. Les dirigeants régionaux mécontents ont pris la parole pour pointer du doigt l’UE, son manque d’unité, ses promesses non tenues, et ont même accusé l’UE de ne pas avoir mis de l’ordre dans ses propres affaires.
Si certaines de leurs frustrations étaient justifiées, EURACTIV a souhaité y regarder de plus près pour voir dans quelle mesure ils ont progressé ces dernières années en matière de gestion de leurs affaires intérieures.
Les résultats sont loin d’être impressionnants. (...)
L’Albanie a déposé une demande d’adhésion en 2009 et est devenue un candidat officiel en 2014. Depuis lors, elle s’est efforcée de remplir un certain nombre de conditions fixées par la Commission. Ces conditions, au nombre de 15, ont été déclarées remplies par Bruxelles, mais les organisations indépendantes ne sont pas de cet avis.
L’indice de perception de la corruption de Transparency International a considérablement diminué entre 2016 et 2021, passant de 39 à 35 points sur une échelle de 100.
Il se situe actuellement au niveau de 2014 et s’est à peine amélioré depuis 2012, année où le pays a été pris en compte pour la première fois. Cela montre peu de progrès en une décennie, et les problèmes particuliers soulevés à plusieurs reprises au fil des ans comprennent la capture de l’État, la violence policière, la corruption de haut niveau et la faiblesse du système d’équilibre des pouvoirs.
La situation est similaire pour l’indice Freedom in the World de Freedom House. (...)
Les choses s’aggravent encore lorsque l’on examine le paysage de la liberté de la presse, puisque le pays a dégringolé de plus de 20 places dans le classement mondial depuis l’arrivée au pouvoir du Premier ministre Edi Rama en 2013.
Même le département d’État américain n’a cessé de critiquer de manière cinglante les violations des droits de l’homme, un système judiciaire fortement corrompu, l’incapacité à réprimer le trafic d’êtres humains, la culture de la drogue et le crime organisé, ainsi que l’absence de progrès dans la lutte contre la corruption ou le blanchiment d’argent.
Le bilan est un peu plus positif en Macédoine du Nord, qui est sur la liste d’attente de l’Union depuis 17 ans. Son parcours d’adhésion étant lié à celui de l’Albanie voisine, ses progrès ont été plus tangibles.
Freedom House et Reporters sans frontières font tous deux état de progrès annuels dans le pays, même s’ils ne sont pas exempts d’irrégularités. Le paysage médiatique, bien qu’encore fragmenté et en proie aux pressions politiques et à la désinformation, tend à s’améliorer.
Les libertés démocratiques progressent également (...)
Bien qu’elle ait ses problèmes, la Macédoine du Nord surpasse souvent ses voisins en termes de demandeurs d’asile en Europe, de crime organisé et d’incidence du trafic de drogue.
Le Monténégro, l’un des deux seuls pays de la région à avoir ouvert des négociations d’adhésion, a également fait mieux que prévu. Le rythme actuel des négociations est lent, et à ce rythme, le pays pourrait espérer rejoindre le bloc dans environ 90 ans. Toutefois, on constate des progrès dans certains domaines. (...)
La Serbie est le pays le moins performant de la région, davantage encore que l’Albanie. (...)
La Commission européenne admet qu’il reste encore beaucoup à faire pour réformer l’État de droit dans les Balkans occidentaux, à la suite d’un rapport de la Cour des comptes européenne qui a jugé « inefficaces » et « infructueux » les 700 millions d’euros consacrés par l’UE à cette tâche.
Dans l’ensemble, la situation en matière de corruption, de criminalité organisée, de liberté de la presse, de démocratie, de droits de l’homme et d’autres questions politiques n’est pas réjouissante dans les Balkans occidentaux. Malgré les centaines de millions injectés par la Commission européenne dans les pays pleins d’espoir, les organisations indépendantes font état de reculs plutôt que de progrès.
Cela conduit à s’interroger sur l’efficacité de l’argent investi, comme le note la Cour des comptes européenne, ainsi que sur la progression de leur trajectoire européenne.