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Des vélos contre le béton d’Europacity
Article mis en ligne le 21 mai 2019
dernière modification le 20 mai 2019

Samedi 18 mai, un cortège à vélo a rejoint Gonesse depuis Paris pour marquer son opposition à Europacity. Sur le triangle de Gonesse, la fête a duré tout le week-end. L’enjeu de la lutte est d’ouvrir la voie aux alternatives agricoles au béton. Reportage.

« Contre le projet de tire-fesses, tous à Gonesse ! ». Il est 15 h 30, samedi 18 mai, place de la République à Paris, lorsque le cortège d’une cinquantaine de cyclistes s’élance joyeusement sous le tintement des sonnettes. La troupe se faufile dans l’artère encombrée, slalome entre les véhicules et les pots d’échappement avant de bloquer toute la voie en improvisant des slogans.

« Le projet de tire-fesses » fait référence à Europacity, un méga-centre commercial avec piste de ski artificielle qu’Auchan prévoit de construire sur les dernières terres agricoles à vingt kilomètres de Paris. 280 hectares sont menacés et risquent d’être engloutis sous le béton des promoteurs.

Ce week-end, du 18 au 19 mai, un festival s’organise sur place avec des débats, des concerts et un camping en plein air. L’an passé, une rencontre avait réuni près d’un millier de personnes. Aujourd’hui, certains ont décidé d’y aller en vélo. Tout un symbole. (...)

« En pédalant jusqu’à Gonesse, on fait un pied de nez aux aménageurs. Nous n’avons pas besoin de leurs infrastructures pour nous déplacer et quitter Paris », souligne Claire, une cycliste convaincue qui a rallié Notre-Dame-des-Landes et la ferme-usine des Mille Vaches à vélo. « Les transports qu’ils promettent à Gonesse n’ont pas vocation à aider les habitants, dit-elle. Ils visent à faire venir des touristes étrangers, à les pousser à consommer dans un lieu aseptisé et coupé du monde. »

Europacity se veut « un laboratoire du marketing expérientiel », explique de son côté Alice, en pédalant. Elle est membre du Collectif pour le triangle de Gonesse (CPTG), la principale association d’opposants. « À Europacity, on ne vient plus chercher un produit mais une expérience, il s’agit d’offrir à la clientèle la possibilité de skier le matin, de visiter un musée l’après-midi, de dîner en terrasse avant d’aller à un concert le soir. Et entre chaque activité, on peut évidemment faire ses courses dans plus de 500 boutiques ! ».

Le projet a néanmoins du plomb dans l’aile. Il a reçu une série d’avis défavorables et le tribunal administratif de Cergy a annulé, le 6 mars 2018, l’arrêté préfectoral de création de la Zone d’aménagement concertée, la ZAC, prévue pour accueillir Europacity. Le 12 mars, le même tribunal annonçait l’annulation du plan local d’urbanisme de Gonesse qui rendait constructibles les terres agricoles. (...)

nombreux sont ceux qui invoquent une convergence des luttes et s’en font même les artisans. Pierre n’a pas quitté son gilet jaune des samedis de manifestation : « Je ne suis pas sur les Champs-Élysées avec les amis aujourd’hui, mais je veux me montrer solidaire. Je suis impliqué dans plusieurs mouvements, les Gilets jaunes de Pantin, les grévistes de la fonction publique, les Zad. Tout est lié et se renforce mutuellement ». (...)

Dans le cortège, beaucoup de jeunes sont attirés par le projet d’agriculture Carma prôné par un collectif indépendant d’urbanistes et d’agronomes. Aux antipodes du fantasme d’Europacity, Carma propose de transformer le triangle de Gonesse en une zone de production maraîchère, céréalière et d’élevage de qualité. Il pourrait approvisionner en circuit court les habitants des environs, les cantines des écoles et des hôpitaux (...)