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Libération
Nouveau contrat pour Capgemini avec le ministère de l’Intérieur malgré l’échec Scribe
#capgemini #CabinetsdeConseil
Article mis en ligne le 20 octobre 2022

Le cabinet de conseil en informatique devra développer avec Airbus le prochain système de communication radio des forces de l’ordre. Un deal à 540 millions d’euros qui arrive après le fiasco du logiciel de stockage de la police.

(...) Lancé en 2017 par le président Emmanuel Macron, le programme « RRF » a vocation à équiper jusqu’à 300 000 policiers, gendarmes ou personnels de préfecture et la sécurité civile sollicités en cas de crise, selon Beauvau. Ce système de communication à très haut débit, adossé aux réseaux 4G puis 5G des opérateurs mobiles, doit permettre aux forces de l’ordre et services de secours de « passer des appels vidéos, partager une position en direct, envoyer un électrocardiogramme », souligne Beauvau dans un communiqué.

Du matériel bloqué dans les années 90

Les actuels réseaux vieillissants bas débit utilisés par les forces de l’ordre, nés au début des années 90 et restés bloqués sur la 2G, étaient incapables de supporter des fichiers trop gourmands en données. Promis comme résilient et sécurisé, RRF sera aussi prioritaire « pour garantir qu’il ne soit pas soumis à la congestion des réseaux », sursollicités lors des crises ou grands évènements, et maintenir « un même niveau de qualité en toutes circonstances », a expliqué le préfet Guillaume Lambert, qui a piloté le programme.

Son coût total se chiffre à 2 milliards d’euros, financés par la loi d’orientation et de programmation du ministère de l’Intérieur (LOPMI), actuellement en débat au Sénat. Capgemini et Airbus ont dix-neuf mois pour construire et tester la première version de ce réseau commun. « Elle sera appliquée pour l’accueil des Jeux olympiques à Paris », en 2024, a assuré le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin lors d’une conférence de presse. (...)

Capgemini n’est pas étranger aux services de la police nationale. Le cabinet de conseils en informatique avait déjà été mandaté pour développer le logiciel Scribe, censé devenir la nouvelle interface permettant de créer et de stocker des procès-verbaux, des auditions, des plaintes, des gardes à vue, mais aussi de les transférer à des collègues policiers ou encore à l’autre institution de la procédure pénale, la justice. Problème, le projet a été tué dans l’œuf, en grande partie à cause de la piètre prestation de Capgemini. Ce qui n’a pas empêché l’Etat de régler la note de quelque 15 millions d’euros, dont la dernière échéance a dû être payée le mois dernier.

Ceci sans compter le joli cadeau du fisc dont le cabinet de conseil a bénéficié : Capgemini, qui n’hésite pas à avoir recours à l’optimisation fiscale au Luxembourg, devait se voir infliger un redressement de 17,3 millions d’euros. Selon des informations de Libération, il a finalement obtenu une jolie ristourne descendant la note à 3,9 millions.

Lire aussi :

De McKinsey à Capgemini, des dépenses de l’État en « conseil stratégique » émaillées de conflits d’intérêts

Suite au scandale McKinsey, l’État publie pour la première fois, dans le cadre de l’examen au Parlement du projet de loi de finances (PLF) 2023, le détail de ses dépenses en missions de « conseil stratégique ».

Le document montre que les pouvoirs publics ont dépensé 271 millions d’euros en missions de conseil au cours de l’année 2021, principalement via les ministères de la Transition écologique, de l’Intérieur et des Finances.

Pour le premier semestre 2022, ces dépenses se chiffrent à 118 millions d’euros.

Les principaux bénéficiaires sont McKinsey, mais aussi - aux deux premières places - deux cabinets français spécialisés dans l’accompagnement de la « transformation numérique » : Capgemini et Sopra Steria. Ils ont bénéficié entre autres des fonds alloués à la numérisation dans le cadre du plan de relance. (...)