Bandeau
mcInform@ctions
Travail de fourmi, effet papillon...
Descriptif du site
Slate.fr
Une enseignante extraordinaire raconte ce que les enfants et les familles vivent aujourd’hui
Article mis en ligne le 2 juin 2017

La directrice d’école Véronique Decker décrit dans « L’École du peuple » un monde où les pauvres sont plus pauvres, où les structures sociales se délitent et ou l’organisation devient kafkaïenne.

(...) L’École du peuple, soit 64 récits tirés de son quotidien. Il est sorti le 1er juin aux éditions Libertalia et coûte 10 euros. Peu de pages, mais une immense émotion et une profonde réflexion sur l’école dans les quartiers populaires dans ce livre aussi précis qu’empathique. Il y est vraiment question des enfants, de leurs parents, de leur vie. Et, le moins que l’on puisse dire, c’est que ce constat révolte et réveille.

Enseigner dans les quartiers populaires, enseigner partout finalement, c’est se frotter à des réalités différentes des siennes. Parfois âpres, car tous les enfants de France ne sont pas élevés dans du coton, loin de là. Pendant la campagne présidentielle, l’Unicef rappelait ainsi que trois millions de mineurs vivent, en France, sous le seuil de pauvreté (...)

« On revient au XIXe siècle »

Si vous voulez comprendre comment on en est arrivé là, allez enseigner dans une classe d’un quartier populaire, rural ou urbain, vous y verrez des enfants dont l’existence est probablement terriblement plus compliquée que la vôtre. Cela commence avec la santé, explique Véronique Decker (...)

Dans son ouvrage, Véronique Decker s’inquiète aussi du surpoids de nombre des enfants qu’elle considère « élevés au sucre ». L’obésité est aussi une maladie sociale : la Croix Rouge nous apprend ce mercredi 30 mque pas moins de 13.000 étudiants parisiens sautent 4 à 6 repas par semaine. En même temps, où sont les médecins scolaires qui assurent la prévention ? Manifestement, pas aux endroits ou on a le plus besoin d’eux, comme à Bobigny (...)

« On a les problèmes sociaux, on peut pas tout avoir »

Cette pénurie de moyens humains s’étend aux emplois sociaux. Dans L’École du peuple, Véronique Decker souligne à quel point les assistantes sociales sont en nombre insuffisant pour les familles de Seine-Saint-Denis : « Il n’y en qu’à Paris ! Nous, on a les problèmes sociaux, on peut pas tout avoir », rigole-t-elle, amèrement. Dans les écoles, le boulot des assistantes sociales, c’est parfois le personnel scolaire qui doit le faire (...)

Lire le petit livre de Véronique Decker, c’est entrer dans la peau d’une directrice d’école qui voit des gamins sans domicile fixe. Parce que la rénovation urbaine en banlieue a aboutit à la destruction de beaucoup de logements sociaux remplacés par de l’accession à la propriété explique la directrice (...)

Vous vous verriez dire « à demain » à un enfant de 8 ans qui ne sait pas où il va dormir ? C’est ce que doivent faire certains enseignants, plus nombreux qu’on ne le pense. À lire le livre, on a les larmes qui montent aux yeux et on ne peut s’empêcher d’éprouver une énorme colère. (...)

Et il n’y a pas qu’en banlieue que les enfants souffrent de la crise. Dans le documentaire Les enfants du terril, diffusé récemment sur France 2, le réalisateur Frédéric Brunnquell, bien loin des banlieues, montre deux enfants qui habitent à Lens, dans un quartier désindustrialisé, paupérisé, des enfants pour qui l’école ne représente pas le moindre espoir. Là aussi, on est interpellé par le sentiment que la pauvreté se transforme en malédiction et que les filets de sécurité qu’on imagine encore exister en France, fonctionnent mal, ou à peine.

« J’ai connu l’époque où la situation s’améliorait » (...)

"À partir de 2005, les moyens ont diminué de plus en plus. On a perdu des assistants d’éducation, des emplois de vie scolaire. Quand Sarkozy a supprimé la formation des enseignants, on a eu des vacataires sans formation qui enseignaient avec leur souvenir du Petit Nicolas de Sempé pour tout bagage pédagogique. »
L’école finit par reculer au lieu d’avancer. Faute de crédits municipaux, c’est maintenant vers des associations privées qu’il faut se tourner pour acheter… des livres pour la bibliothèque de l’école. (...)