Lors de la mise en échec d’une tentative de traversée, les comptes X (ex-Twitter) de la police nationale du Pas-de-Calais, ainsi que ceux des préfectures du Pas-de-Calais et des Hauts-de-France se remplissent des photos d’embarcations saisies, publiées avec le hashtag « sauver des vies ». Actives depuis des années auprès des personnes migrantes en France, nos associations ne peuvent que constater à quel point ce langage est en contradiction avec l’action menée au quotidien par les autorités publiques à la frontière franco-britannique, où la vie de ces personnes est constamment mise en danger.
Dans les enceintes portuaires ou dans les parkings, sur les plages ou aux abords des canaux, les forces de l’ordre interviennent pour « sauver des vies » à coup de gaz lacrymogènes, de flashballs et de couteaux pour percer les bateaux déjà chargés de personnes. L’équipe de Médecins sans Frontières soigne quotidiennement les conséquences de ces violences : fractures, plaies, entorses, problèmes oculaires dus au gazage, ou encore morsures de chiens lâchés intentionnellement par le personnel assurant la sécurité des parcs de stationnement pour les poids lourds, devenus des points d’embarquement.
L’Etat français met en danger des naufragés en les abandonnant après les avoir ramenés à terre. La préfecture du Pas-de-Calais a élaboré un protocole de prise en charge humanitaire pour les naufragés ramenés au port, qui prévoit l’accès des rescapés à des tentes chauffées, des vêtements secs et un endroit où dormir. Pourtant, ce protocole n’est pas systématiquement déclenché ou ne l’est que partiellement. Les autorités abandonnent ainsi des personnes choquées, dans des vêtements trempés et à la limite de l’hypothermie, sans aucune assistance. (...)
Seules les associations essayent d’intervenir pour les rhabiller, les chausser, les ravitailler, les loger et les soutenir après un événement traumatique.
Pire, les autorités publiques contribuent à exacerber la souffrance psychologique des rescapés en séparant les familles, en criminalisant les pères et en privant l’ensemble des rescapés d’un hébergement. (...)
C’est ainsi aux associations et collectifs citoyens que revient désormais la responsabilité de réunir les familles, de les héberger et d’organiser les obsèques.
L’Etat français met en danger les rescapés en les livrant à eux-mêmes dans des conditions précaires. Après une tentative de traversée infructueuse, nombreuses sont les personnes qui se résolvent à effectuer des heures de marche pour rentrer sur les campements. Cela peut mener à des drames, comme en novembre 2023, quand une quinzaine d’exilés avaient été fauchés par un poids-lourd sur l’autoroute en pleine nuit alors qu’ils rentraient à Grande-Synthe, après avoir été secourus en mer et abandonnés au port de Calais à minuit. Deux personnes sont décédées, et quatre ont été blessées, dont un mineur non-accompagné. (...)