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Après la collision en mer Égée, les versions contradictoires des survivants et des gardes-côtes grecs
#Grece #migrants #immigration #noyades
Article mis en ligne le 10 février 2026

Une semaine après la mort de 15 exilés en mer Égée suite à une collision entre un canot de migrants et un navire de la garde-côtière grecque, les versions divergent. Les autorités affirment que le conducteur de l’embarcation de migrants n’a pas "obtempéré aux signaux lumineux et sonores" des gardes-côtes grecs, et qu’elle a "tourné brusquement" à la vue des militaires provoquant la collision. Mais des survivants assurent n’avoir entendu aucune sirène. Le bateau des autorités grecques "est venu vers nous tout droit et très fort. Personne ne nous a dit de nous arrêter", selon le témoignage d’une rescapée afghane.

(...) Pas de journal de bord ni de caméra thermique activée

Dans son témoignage livré aux enquêteurs et retranscrit par le site grec News 24/7, le capitaine du navire des gardes-côtes a confirmé la première version donnée dans le communiqué de la garde-côtière. Il a, lui aussi, affirmé que lorsque son bateau s’est approché de l’embarcation de migrants, "le conducteur a tourné brusquement, il a apparemment perdu le contrôle". Et de continuer : "Quand j’ai senti le choc, j’ai tourné le volant à gauche et j’ai vu le bateau commencer à couler". (...)

Mais son récit souffre du manque de preuves. En effet, l’homme n’a pas inscrit l’incident dans le journal de bord du patrouilleur, comme il a l’obligation de le faire. "Je suis blessé à la main gauche, et même si je suis droitier, j’ai des difficultés à écrire", s’est-il justifié.

La caméra thermique du navire n’a par ailleurs pas été activée cette nuit du 3 février, les membres d’équipage jugeant qu’elle n’était pas "nécessaire car les conditions météorologiques et la visibilité étaient bonnes", selon le témoignage du garde-côte.

"Personne ne nous a dit de nous arrêter"

En l’absence de preuves qui a causé ce drame, deux versions s’opposent. Trois survivants, originaires d’Afghanistan, ont donné un tout autre récit. Ces migrants assurent que l’accident s’est déroulé rapidement et qu’ils n’ont pas eu le temps d’arrêter l’embarcation.

"Ils [les gardes-côtes, ndlr] ne nous ont pas poursuivis. Nous avons vu de la lumière et immédiatement après l’accident a eu lieu", a déclaré l’un d’eux aux enquêteurs, selon le média grec Kathimerini. "Nous n’avons pas entendu de sirènes, sinon on aurait dit au conducteur de s’arrêter, il y avait des enfants à bord". (...)

Un témoignage qui corrobore celui d’un autre migrant interrogé : "J’ai vu une forte lumière tomber sur le bateau et puis j’ai senti un coup. Je ne me souviens de rien d’autre", a-t-il dit.

Une Afghane a raconté la même scène (...)

Un Marocain interpellé clame son innocence

Au lendemain de la collision, un Marocain de 31 ans, considéré comme un passeur pour avoir conduit l’embarcation, a été interpellé. L’homme a été placé en détention provisoire samedi.

L’un de ses deux avocats, Dimitris Houlis, a également rapporté que "tous les témoins entendus affirment qu’il n’y a eu aucun signal, aucun avertissement, aucun gyrophare, aucun phare, aucune lumière, aucun ordre de s’arrêter" de la part des gardes-côtes grecs. "Il n’y a eu qu’une collision provoquée par le navire des garde-côtes. Ils avançaient tout droit, sans dévier ne serait-ce qu’une seconde", a-t-il ajouté. (...)

Depuis plusieurs années, Athènes est accusée d’emprisonner sans preuves des exilés pour trafic illégal de migrants. Près de 2 000 demandeurs d’asile croupissent les geôles du pays et ont écopé de lourdes peines pour avoir été reconnus coupables d’avoir conduit les canots dans lesquels ils se trouvaient. Les exilés condamnés pour ces faits représentent la deuxième plus grande catégorie de détenus en Grèce.

Athènes a aussi été accusée à plusieurs reprises ces dernières années par des ONG et des médias internationaux - dont InfoMigrants -, vidéos et témoignages détaillés à l’appui, de pratiquer des refoulements illégaux de migrants vers la Turquie. La responsabilité des gardes-côtes grecs a déjà été pointée du doigt par le passé.

Dix-huit d’entre eux sont poursuivis en justice pour homicide involontaire par négligence dans le naufrage du chalutier Adriana en juin 2023 qui avait fait quelque 750 morts, selon l’ONU, soit l’un des pires naufrages de migrants en Méditerranée de la décennie.