Si l’Allemagne ne dispose pas d’une police de l’immigration masquée comme l’ICE aux Etats-Unis, le chancelier Friedrich Merz ainsi que son prédécesseur ont tout fait pour accélérer les expulsions. Voici comment fonctionne le processus.
(...) Un document interne du parti anti-immigration consulté par le journal allemand taz propose la création d’une nouvelle autorité au sein de la police régionale bavaroise. L’AfD propose de la nommer AFA, pour "Asyl-, Fahndungs- und Abschiebegruppe", que l’on peut traduire par "Unité pour l’asile, la recherche et l’expulsion". Cette proposition serait directement inspirée par les actions et méthodes très contestées de l’ICE
Ces dix dernières années, le gouvernement allemand a introduit une série de réformes visant à faciliter l’expulsion de migrants ayant, selon l’administration, de "mauvaises perspectives de séjour". Cet effort s’est intensifié plus récemment, alors que le chancelier Friedrich Merz et son prédécesseur, Olaf Scholz, ont progressivement levé un certain nombre d’obstacles juridiques aux expulsions. (...)
L’effet est perceptible dans les statistiques : selon le ministère de l’Intérieur, 21 311 expulsions ont été effectuées entre janvier et novembre 2025, soit une augmentation de 16 % par rapport à la même période l’année précédente. De 2023 à 2024, le nombre d’expulsions a progressé de 22 %.
Par ailleurs, plus de 30 000 personnes ont quitté par elles-mêmes le pays l’an dernier après avoir reçu une "Grenzübertrittsbescheinigung", un avis les informant qu’elles sont sous le coup d’une obligation de quitter le territoire avant une date définie.
Qui peut être expulsé ?
En règle générale, tout immigré sans statut de séjour, ou tout demandeur d’asile dont la demande a été refusée, est tenu de quitter l’Allemagne dans un certain délai (un mois pour les demandeurs d’asile). Si la personne ne s’y conforme pas, elle peut être expulsée.
Mais il existe des exceptions (...)
Comment les expulsions sont-elles menées ?
Alors que la décision d’expulsion est prise par les autorités d’immigration locales, l’expulsion est concrètement menée par des policiers fédéraux. Dans certains cas, l’ensemble des places d’un avion sont réservées pour procéder à une "expulsion collective", et la police joue sur les durées de détention pour s’assurer que le vol soit complet. En 2024, environ 7 300 des 20 100 expulsions ont été mises en œuvre sur des vols charters. (...)
Dans de nombreux cas, les potentiels expulsés sont d’abord convoqués à se présenter aux autorités d’immigration, où un policier fédéral les attend pour les informer de leur expulsion. Les personnes sont ensuite raccompagnées chez elles pour récupérer leurs vêtements et effets personnels avant d’être conduites directement à l’aéroport.
Cependant, dans certains cas, il peut arriver que la police se présente directement à l’aube au domicile d’une personne pour l’arrêter. Contrairement à l’ICE aux États-Unis, ces agents ne cachent pas leurs visages avec des masques et portent des uniformes. Ils sont tenus de détenir une pièce d’identité et de fournir leur nom si on le demande. (...)
Ces interpellations soudaines sont critiquées. Un ancien gestionnaire d’une maison de retraite pour immigrés en Allemagne a confié, sous couvert d’anonymat, une affaire dans laquelle la police s’est présentée à 5 heures du matin et a emmené un homme handicapé directement à l’aéroport, laissant seule sa femme, également handicapée. (...)
Comment les expulsions ont-elles été accélérées ?
Le gouvernement allemand a pris plusieurs mesures pour accélérer les expulsions au cours des dix dernières années :
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Svenja Schurade estime que de telles mesures n’accélèrent pas nécessairement les expulsions. "Nos recherches montrent que ces mesures n’ont pas nécessairement rendu les expulsions plus efficaces, explique-t-elle. Ce qu’ils ont fait, c’est provoquer plus d’exclusion sociale et mettre les gens dans des situations plus précaires."