L’île du Hierro, la plus petite et la moins peuplée de l’archipel des Canaries, est encore sous le choc du tragique accident du 28 septembre dernier. À une dizaine de kilomètres des côtes, 84 passagers africains à bord d’un cayuco (embarcation de pêche) ont fait naufrage. On ne compte que 23 survivants. Seuls neuf cadavres ont été récupérés, et on compte au moins 50 disparus. Il s’agit du naufrage le plus meurtrier des 30 dernières années dans l’Atlantique.
Le port de la Restinga, au sud de l’île d’El Hierro, est le lieu où arrive l’essentiel des embarcations de migrants en Espagne. Sur les 30 827 personnes arrivées depuis le début d’année dans tout l’archipel des Canaries, 15 000 ont débarqué à El Hierro.
C’est un mouchoir de poche où vivent 500 habitants, tout au plus. Et ici, entre voisins, dans les bars, on ne parle que de ça : la tragédie de samedi 28 septembre, la pire survenue dans l’archipel des Canaries depuis 30 ans, depuis que des migrants tentent leur chance depuis la côte occidentale d’Afrique. Soixante morts, disent les autorités de l’île. La plupart noyés. (...)
Mercredi 2 octobre, 51 Africains ont ainsi pu débarquer sains et saufs à bord d’une embarcation. Des Maliens, des Sénégalais, des Mauritaniens. Eux ont eu plus de chance. Et rejoindront ensuite le centre d’accueil dans le centre de l’île.
"Le danger ce sont ceux qui ont une panne"
Pedro est retraité, il est très affecté par le naufrage du 28 septembre. "Selon nos pêcheurs, il y aurait eu une mauvaise coordination, ou bien une erreur, peut-être du côté du sauvetage maritime, on ne peut pas les blâmer, eux qui ont tant fait depuis longtemps. Mais cela peut aussi être une mauvaise manœuvre des passagers, qui a provoqué le naufrage et fait que le ’cayuco’ se soit renversé. Moi, je voudrais qu’on dise que c’est la faute de tous. À personne en particulier, ni au sauvetage maritime, ni à la garde civile. Vous voyez, j’en pleure." (...)
Pour Inoel, un vieux pêcheur qui connait bien les courants, ce n’est pas étonnant. "Ils ne les laissent pas sortir, alors ils doivent partir depuis le Sénégal. Ils doivent prendre cette route. Ils mettent la proue vers le nord, et cela les porte vers l’île d’El Hierro. Et le danger ce sont ceux qui ont une panne, les courants les emmènent vers le bas, l’ouest, vers l’Atlantique, et ils ne s’en sortent pas."
Ici, les habitants sont très sensibles au sort des migrants. La plupart ont des parents qui eux aussi ont dû émigrer au siècle dernier, et ils se sentent davantage africains qu’européens.