Ce mardi 28 avril, le journal Le Monde, en collaboration avec Lighthouse Reports, Der Spiegel et Komune, a publié une vidéo d’une intervention de la police au large de Mayotte datant du 20 février. Une preuve rare des actions menées par les policiers en dehors de tout cadre légal, et qui mettent en danger quotidiennement des hommes, femmes et enfants.
L’opération en question avait mené à la collision du kwassa – une petite embarcation de pêche utilisée par les personnes qui tentent de rejoindre Mayotte – et de l’intercepteur des policiers. Les vingt passagers s’étaient tous retrouvés à l’eau. Il y avait trois enfants à bord.
Quelques jours après les faits, la police nationale de Mayotte se félicitait sur les réseaux sociaux d’une opération réussie avec “20 vies sauvées et les auteurs condamnés” (trois passagers ayant été condamnés à de la prison ferme). Ils accusaient les passagers d’avoir “volontairement percuté l’intercepteur de la Police nationale”.
Cette technique d’immobilisation est régulièrement utilisée par la police aux frontières à Mayotte, pourtant elle n’est encadrée par aucune doctrine officielle. (...)
La dangerosité de ces manœuvres d’interpellation est connue, les victimes sont nombreuses même s’il est rare qu’elles puissent porter plainte. Lorsqu’elles le font, les processus sont longs et compliqués.
Depuis fin 2025, les interventions d’interpellations en mer sont également autorisées dans la Manche, à la frontière franco-britannique. Ces pratiques jusqu’ici “jugées trop dangereuses” font partie des nouvelles stratégies pour empêcher les traversées vers le Royaume-Uni. (...)
Ces pratiques d’interpellations sont des mises en danger qui s’inspirent des pratiques menées aux frontières européennes. Elle s’ancre dans une stratégie de judiciarisation et de criminalisation des migrations qui devraient pourtant relever d’une approche humanitaire et de secours.